OUVERTURE. ESTADO DE EMERGENCIA

Neuf artistes chiliennes et une artiste robot. Exposition d’artistes émergents. Peinture, sculpture, et nouveaux médias

Galerie Mamia Bretesché
04/02/2016 – 19/02/2016
77 Rue Notre Dame de Nazareth, 75003 Paris (Galeries du Haut Marais)

CURATRICES Sara Malinarich et Jasna Tomasevic

L´exposition “Ouverture, estado de emergencia” présente les œuvres de neuf artistes et d´une artiste-robot. Chacune des créations entre en relation avec son contexte, d´origine et d´arrivée, et en même temps elles nous offrent une forme de résistance. Car ces œuvres sont, en elles-mêmes, une réponse au tremblement. Mais face à quoi frémissons-nous ? Pourquoi nous agitons-nous ?

Des artistes: Margarita Garcés, Sara Malinarich, Liza Marzolo, Lourdes Naveillan, Mª Elena Naveillan, Rachael Runner [artista robot creada por INTACT Project (1)], Macarena Salinas, Gonzalo Sánchez (PIKTI), Constanza Sierralta y Jasna Tomasevic.

Résilience
Dans le contexte d’un état d’urgence en France, l’exposition “Ouverture, estado de emergencia “ sera réalisée à Paris en février 2016; avec une présentation d’œuvres de neuf artistes chiliens et d’une artiste/robot. La France se refuse de céder à la peur et pour cela, les citadins, entre le son de sirènes et les opérations policières, continuent à sortir pour préserver leur liberté, tout en maintenant une attitude vigilante de leurs droits et de leur propre sécurité. Avec ce même esprit de vouloir surmonter nos peurs, les activités dans la ville de Paris ont continué de se succéder, tout comme ce projet d’exposition. Non seulement parce que c’est nécessaire mais car c’est aussi une forme de résistance à la terreur.
Ce qui nous fait trembler
L’étymologie du mot terreur nous conduit à l’effet (avec le suffixe latin OR) du verbe terreo, qui, à l’origine, signifie un tremblement, du latin tremulare. C’est pourquoi, la terreur est liée au tremblement, à l’agitation. La terreur nous pousse aussi à résister et toutes les alertes vitales se déclenchent dans une contre-agitation. Nous tendons à sortir de la zone d’urgence et à faire émerger d’autres zones de plus grande sécurité. D’une plus grande certitude.

Cependant, pour les biologistes Francisco Varela et Humberto Maturana, la certitude est la grande tentation (2). Dans les “temps intéressants”, nous ne pouvons pas être imperturbables, ni certains ou sûrs. Tout état de commodité nous emmène à la destruction du centre, ce point de gravité qui nous permet de porter une charge lourde. Il est important d’être dans un mouvement. N’importe quelle forme de permanence serait, en tout cas, antinaturelle. De là l’importance de connaître notre nature.

“Garder la tribu entière en mouvement, même si ce ne sont que des données dans le web”. (3)

Nous savons que le tremblement des bases est présent dans l’exercice de vivre et de résister. Et dans ce point de passage entre la vie et la mort, entre la certitude et l’incertitude, les artistes de cette exposition nous montrent, à travers leurs œuvres, leurs réactions face à leurs propres tremblements. Nous ne pouvons pas oublier que ce groupe d’artistes émerge du résultat inévitable d’un processus historique récent au Chili qui a changé les ressorts de la société, de l’économie et de la culture chilienne. Ils font partie d’une génération qui a grandie sous la dictature (1973-1990).
La contre-agitation
L’histoire démontre que la liberté est l’une des aspirations qui génère la plus grande agitation. C’est l’Ouverture qui est en danger constant face à la convulsion et à cause de cela nous nous agitons également. Mais pas toutes les réponses viennent de la politique. Cette exposition ne prétend pas non plus être un art politique. Ce n’est pas nécessaire, parce que l’art est déjà, en soi, un acte politique.

Face aux moments de crise, l’artiste prend partie, il est présent en faisant, en créant. Il ne recherche pas une approximation de la stabilité finale, mais plutôt le chemin parcouru vers elle et aussi une forme d’arrivée. Cette exposition a la particularité de nous présenter vingt œuvres qui se situent dans une époque de globalisation. L’œuvre générative de l’artiste/robot Rachael Runner, qui est télé-présente dans cette exposition, met cela en lumière. En même temps, les œuvres des neuf autres créateurs nous rattachons à des idées primordiales et communes.

“Ouverture” propose d’ouvrir une colloque dans toutes les directions. Que ce soit l’œuvre “Origen” (une sculpture en céramique et en cuivre de Macarena Salinas) ou bien “Diálogo con infinito” (une sculpture électronique de Gonzalo Sánchez), chacune des pièces de cette exposition recherche une relation avec l’humanité. Les œuvres “Alfa” et “Omega” de María Elena Naivellan sont un ensemble de signes alphabétiques qui nous invitent, précisément, à la compréhension sans frontières. Cela est sa réponse à l’intolérance.

Toujours dans cette même idée de connaître nos similitudes, Jasna Tomasevic nous présente son œuvre constituée d’archétypes et leur répétition dans plusieurs cultures pour transmettre cette idée d’unité cosmogonique. D’une manière toute aussi persévérante dans la couleur, Lourdes Naveillan fait ressortir les personnages de son œuvre “Couple”, et nous apprécions le concert des opposés : Le support et la manière, la ligne et la tache, le micro et le macro. Pour Naveillan, le geste est sa forme de travailler dans l’incertitude du milieu.

Les abstractions de Margarita Garcés nous connectent également avec l’idée d’ouverture. Ses peintures nous rappellent les mers, tout en étant différentes des réelles. La peinture de Garcés ouvre la possibilité que notre perception se fasse sa propre interprétation. L’idée du primordial dans son œuvre se trouve renforcée par le caractère symbolique de l’eau.

L’œuvre de Liza Marzolo est également symbolique. Son travail fait référence à un dessin arabe, avec la grâce et la pureté des couleurs primaires. Les constructions de Marzolo se connectent avec plusieurs dimensions. Les proportions et la lumière répartie dans des scènes distinctes à l’intérieur de la même œuvre est une réponse onirique dans laquelle elle situe sa certitude (la maison, l’arbre, le château). Dans cette même direction, les œuvres de Constance Sierralta ne se conforment pas à la réalité offerte. Ses textures dans la peinture vont au-delà de la vision. Sierralta cherche à frapper avec le regard et regarder à travers le toucher. Dans le monde de son œuvre, l’artiste ébranle les matériels : Elle récupère, ajoute, inculpe la réalité et cherche à aller au-delà des deux dimensions, en mélangeant la nature à partir du jeu des sens.

Pour compléter ce groupe d’artiste, il y a moi, avec l’œuvre “El Desbordamiento”. Un contre-argument dans cette exposition où le personnage s’immole dans la rue. Ainsi, l’Ouverture que propose cette exposition donne un pas aux concepts de création et de destruction, dans un circuit vital qui s’agite entre l’urgence et l’émergence.

Texte: Sara Malinarich
Paris, 16 Décembre 2015

1 Projet INTACT ( (Jorge Ruiz Abánades, Sara Malinarich, Jaime de los Ríos y Manuel Terán)
2 ”L’arbre de la connaissance: la base biologique de la compréhension humaine”. Livre de Francisco Varela et Maturana Humberto
3 Zone Autonome Temporaire. Essai par Hakim Bey (1991)

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